Études pour un rideau de scène : L’envers de l’endroit {itinéraires}

Développement en situation

Scénographies – Etudes pour un rideau de scène
Recherches préparatoires pour le stand de Art-o-rama Mécènes du Sud 2026 : images réalisées avec le concours de l’IA.
Présentation sur le stand Mécènes du Sud à Art-o-rama, photographies © Edwige Lamy

L’envers de l’endroit {itinéraires} Études pour rideau de scène
Mécènes du Sud invite Frédérique Lagny

Frédérique Lagny, formée en peinture aux Beaux-Arts de Paris, pratique la photographie, le film et l’installation. Elle mène depuis 2006 un travail au long court en Afrique de l’Ouest, au Burkina Faso. Elle s’intéresse aux trajectoires politiques postcoloniales, aux mouvements citoyens et aux formes de résistance qui ont marqué le pays jusqu’à aujourd’hui. Société, corps, imaginaires et rapports de pouvoir en France comme au Burkina Faso, portent durablement la trace du colonialisme français dont l’expansion démarre à la fin du XIXᵉ siècle dans le contexte du «partage de l’Afrique» entre puissances européennes.

En 2016, Mécènes du Sud soutient Ordre et désordre, second volet de la trilogie MANIFESTE, qui prend la forme d’une édition de dix sérigraphies aux couleurs du panafricanisme, sur les monuments du pays. Pour Art-o-rama, l’artiste revient sur cette série en zoomant dans l’image pour en agrandir la trame qui se fait « motif ». Celle-ci fait écho à sa recherche pour L’envers de l’endroit inspirée d’une archive d’échantillons textiles qui documente la manière dont les militaires renseignaient les industriels occidentaux à la fin du XIXe siècle. Le coton des colonies, dont la culture devint obligatoire en 1925, fournit les manufactures françaises qui produisent en retour des étoffes pour ce nouveau marché « intérieur », sur le modèle des tissus traditionnels africains à motifs. Certaines, dans une tentative d’imiter une facture artisanale, sont ravaudées pour simuler une apparence locale. Les tisserands africains, à leur tour, adaptent leurs productions artisanales avec les nouveaux fils importés de « Métropole ».

Ces aller-retours forment le point de départ conceptuel d’un rideau de scène, complété par un protocole ouvert de réplication et d’usage. Un assemblage de bandelettes textiles noires et écrues, répétitives et méthodiques, réactivent la logique d’échantillonnage. Leur disposition irrégulière produit un effet organique et mouvant. Ici, les fragments ne sont plus des spécimens isolés, mais les éléments d’une composition chorale dotée d’une autonomie esthétique. En permettant à l’œuvre de circuler, et à d’autres de la reproduire, l’artiste ouvre la possibilité d’une variation du motif. Elle associe aux Études pour rideau de scène une pièce textile brodée, réplique d’une carte-croquis réalisée à main levée par les militaires lors de la conquête coloniale. Fortement agrandie, son ratio d’échelle, faussé, met alors en crise la convention cartographique objective et fonctionnelle, pour se focaliser sur le théâtre de guerre. Ce geste nous rappelle qu’une représentation, fut-elle perçue comme objective, n’est jamais neutre.­

Ainsi, L’envers de l’endroit {itinéraires} Études pour rideau de scène évoque la manière dont l’histoire s’élabore et fait trace, et, dans ce même mouvement, nous invite à un renversement du regard.